L’Allemagne a rendu sa copie sur l’hydrogène vert et ce n’est pas fameux. En effet, la Cour fédérale des comptes Allemande (Bundesrechnungshof) a affirmé que la montée en puissance de l’hydrogène ne se déroule pas comme prévu. Ajoutant qu’il est temps de faire face à la réalité.
Le rapport accablant de la Cour fédérale des comptes
En résumé, le rapport “Mise en œuvre de la stratégie du gouvernement fédéral en matière d’hydrogène” publié récemment par la Cour fédérale des comptes Allemande rappelle que malgré les milliards de subventions versées par le gouvernement pour soutenir la filière d’hydrogène, les résultats sont décevants.
Selon les auditeurs, il est désormais temps pour Berlin de “faire face à la réalité”.
Nous nous sommes procurés le rapport en question pour le passer en revue. Le contexte de l’étude est l’ambition du gouvernement allemand de développer une économie d’hydrogène pour atteindre l’objectif légal de neutralité climatique d’ici 2045.
Des milliards investis, pour des résultats décevants
Malgré le choix de l’Allemagne de miser sur l’hydrogène comme moteur clé de la transition énergétique, la réalité est que les infrastructures en place sont insuffisantes. D’autant plus que l’hydrogène en tant que vecteur énergétique est le plus cher malgré les investissements colossaux déjà injectés sous forme de subventions. Pourtant, les infrastructures demeurent insuffisants et les coûts, exorbitants.
- 4,3 milliards d’euros ont été alloués 2024
- 3 milliards supplémentaires en 2025
Un besoin urgent de revoir la stratégie allemande pour l’hydrogène vert
Face à ce constat, le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie est arrivé à la conclusion de devoir adapter son approche en réfléchissant à une nouvelle stratégie. De plus, il a déduit que les mesures actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs de compétitivité pour l’hydrogène décarboné.
L’hydrogène vert, un vecteur énergétique encore trop cher
Pour rappel, l’hydrogène neutre en carbone, censé remplacer les combustibles fossiles en synergie avec les énergies renouvelables, peine à convaincre. C’est la raison pour laquelle la Cour fédérale des comptes étudie la faisabilité du développement de l’économie de l’hydrogène.
Selon l’article 1 de la Loi allemande sur l’industrie de l’énergie, l’approvisionnement en hydrogène doit être :
- sûr,
- abordable,
- respectueux de l’environnement,
- et climatiquement neutre.
Or, la production nationale ne couvre pas la demande, et la demande reste trop faible pour justifier une importation massive. Les projections à l’horizon 2030 ne laissent entrevoir aucune hausse significative de la demande en hydrogène.
Des risques environnementaux sous-estimés
Selon l’Institut de recherche de Potsdam pour la durabilité, la chaîne de valeur de l’hydrogène vert génère encore d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Selon des conclusions provisoires, l’impact environnemental pourrait provenir des importations d’hydrogène, malgré de nombreuses incertitudes.
Un manque de compétitivité persistant
Le rapport de la Cour fédérale des comptes Allemande (Bundesrechnungshof) conclut que les mesures actuelles du gouvernement allemand ne garantissent ni un approvisionnement sûr ni des prix compétitifs. L’hydrogène vert reste nettement plus coûteux que le gaz naturel, et sa compétitivité n’est pas attendue avant plusieurs années.
Perspectives : un modèle d’hydrogène vert encore sous perfusion d’aides publique
A court terme, l’hydrogène vert dépendra encore largement du soutien public. Les subventions publiques continueront à compenser les écarts de prix entre l’hydrogène vert et le gaz naturel. Les montants estimés de ces subventions pourraient atteindre 3 milliards d’euros dans le scénario bas et aller jusqu’à 25 milliards d’euros en cas d’importations massives d’ici 2030.
Le rapport de la Cour des comptes fédérale met en lumière les limites structurelles et économiques de la stratégie allemande sur l’hydrogène vert. Malgré des ambitions affichées et des moyens considérables, l’Allemagne se heurte à une réalité technique, financière et environnementale complexe. Le constat est clair : pour que l’hydrogène devienne un levier crédible de transition énergétique, il faudra passer d’une logique de subvention à une logique de performance industrielle.